Ce vent froid, qui d'habitude attend le quinzième jour d'août pour souffler, nous a permis notre premier feu dans l'âtre que Benoît a construit de ses mains. Petit cheminée d'angle en forme d'œuf, bâtie avec nos premières briques. Feu modeste par crainte d'incendie : depuis deux mois la forêt et la garrigue n'ont pas senti une goutte d'eau, tout est prêt à flamber pour un rien. Notre feu est un luxe.
(…)
Le feu veille avec nous, sous les deux courtes bûches creusées de braises qui se consument en frissons gris et incandescents. Des flammes bleues d'un pouce, essayent de se réunir pour continuer à tenir le feu en haleine. Elles fusent, disparaissent, nos regards les encouragent. C'est le moment où l'on se dit : une troisième bûche permettrait un vrai feu.

Fernand Pouillon, Les pierres sauvages, Paris, Seuil, 1964, p. 72.